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HISTOIRE GENERALE - Bolivie

Histoire générale de la Bolivie

DATES IMPORTANTES
  1809
Appel à la révolte de Pedro Domingo Murillo.
  1810 - 1820
Guérilla rurale contre les troupes espagnoles.
  1824

Victoire décisive du maréchal Sucre à Ayacucho.

  1825

Création de la répulique de Bolivar (ex- Haut pérou).

 

1879 - 1883

Guerre du Pacifique. La Bolivie perd définitivement son accès à la mer.

  1901
Guerre de l'Accre avec le Brésil. La Bolivie perd une grande partie de son territoire.
  Début 20 é siècle
L'exploitation de l'étain remplace celle de l'argent.Simon I Patino devient l'homme le plus riche d'Amérique Latine.
  1932 - 1935
Guerre du Chaco avec le Paraguay. La Bolivie perd 200.000 km².
  1946
Renversement de Gualberto Villarroel, un militaire progressiste qui voulait s'attaquer au pouvoir des propriétaires de mines. Il est pendu à un réverbère.
  1952
Révolution ouvrière et paysanne.
  1971
Création d'une "Assemblée du Peuple" courte période de pouvoir de la gauche.
Coup d'état mené par le général Meza.
  1978
Une grève de la faim déclenchée par deux femmes de mineurs, met fin à la dictature.
  1979
Première élection d'une femme à la présidence de la république, Lydia G. Tejada.
  1980
Nouveau coup d'état sanglant mené par le général Meza.
  1982
Retour à la démocratie avec le gouvernement de gauche d'Hernan Siles Zuazo.
  1985
Paz Estensoro, leader historique de la révolution de 1952, revient au pouvoir.
  1986
Marche des mineurs sur La Paz stoppée par l'armée.
  1989
Election du président Jaime Paz Zamora.
  1993
Election de Gonzalo Sanchez de Lozada et de Victor Hugo Cardenas, premier vice-président indien du continent.
  1997
Election à la présidence du général Hugo Banzer Suarez, déjà au pouvoir entre 1971 et 1978 et que ses opposants continuent d'appeler "le dictateur"
  1998
Tremblement de terre qui raye de la carte les villes de Mizque et Totora. Bilan 250 morts.
  Octobre 2003
Evo Morales prend la tête d'une révolte contre le président libéral Gonzalo Sanchez de Lozada, qui la réprime dans le sang (80 morts).
  18 dec 2005
Evo Morales Ayma est élu président de la république dès le premier tour avec 53.72 % des voix. Premier président indien élu dans l’histoire de l’Amérique
   
 
CULTURE PRÉHISPANIQUE

La période amérindienne
Les premiers occupants de la Bolivie furent les Arawaks d'Amazonie qui se seraient installées sur les rives du lac Titicaca. Quelques ethnologues estiment que les Urus et les Chipayas seraient leurs descendants.

La Bolivie a vu s'épanouir de brillantes civilisations tout au long de son histoire andine; celle de Tiahuanaco a connu son apogée entre les VII e et XII e siècles de notre ère.

Tiawanacu
Cette culture est divisée en trois grandes époques : Aldeano (villageaoise), Urbano (Urbaine, citadine), et Imperial (impériale). La première période, contemporaine à Wankarani et à Chiripa, débute aux environs de 1200 ans avant JC et dure jusqu'au premier siècle de notre ère, quand se produisit à Tiwanaku un changement radical connu sous le nom de révolution urbaine. Une des principales caractéristiques de la citée en formation, est la présence de centres religieux et une population divisée en classes sociales. Les terres voisines de ces centres sont cultivées à l'aide de " suka-collos ", sortes de fosses retenant l'eau de pluie et permettant l'irrigation par temps sec.

La période urbaine dura jusqu'au VIIme siècle, quand débutât l'expansion de l'Etat de Tiawanaku, marquant ainsi le début de la période Impériale.

De même que Tiawanaku était étroitement liée à Wari (près d'Ayacucho au Pérou), l'influence de Tiawanaku s'étendit vers le sud jusqu'à Cochabamba, puis au désert d'Atacama, pour atteindre le nord de l'actuelle Argentine.
La ville de Tiawanaku possédait plusieurs centres de cérémonie, tels que Akapana, Kalasasaya, Puma-punku., et le Templete Semisubterráneo. (Pavillon semi enterré).

Au VIIme siècle, Tiwanaku étend son influence politique auprès d'enclaves préexistantes, expansion mise en évidence par les symboles tiawuanacotes présents sur les céramiques et textiles retrouvés dans les territoires conquis.

L'effondrement de l'empire Tiawanaku intervint au XIIme siècle, probablement suite à des changements climatiques dans la région de Tiawanaku.

 
Période Inca
L'Empire Inca fût l'une des principales civilisations d'Amérique du Sud, par l'étendue géographique et la population sous son influence. Il émergeât au XIIme siècle, après l'effondrement de l'Empire de Tiwanaku. Les premiers Incas sont légendaires, en particulier Manco Capac, dont la figure est définitivement ancrée dans l'histoire. L'expansion 'del señoro cusqueño' commence réellement à partir du huitième Inca, Viracocha. Cette expansion qui prend toute sa puissance sous le règne de Pachacutec. Lui succèderont Inca Yupanqui, Huayna Capac, Huscar y Atahuallpa... Bien que sa durée ait été brève, l'empire Inca fût un remarquable exemple d'organisation socio-politique, ayant réussi à intégrer plusieurs ethnies vivant dans des régions écologiquement différentes. Celui-ci s'étendait du nord de l'Equateur jusqu'au centre du Chili, en passant par l'Altiplano Bolivien et le nord ouest Argentin.

L'arrivée des conquistadors espagnols vers 1532 mit fin au développement de l'Empire Inca, aux stratégies millénaires mises en place par les royaumes, ethnies et communautés Andines pour intégrer, diversifier et compléter leurs productions, et qui sous la domination Inca donnèrent naissance à un complexe réseau de centres et de villes parfaitement interconnectés.

Cependant, des informations comme la présence d'une noblesse privilégiée, l'augmentation démographique des villes et l'augmentation de production que cela aurait exigé, peuvent mettre en doute la pérennité de l'équilibre alors obtenu entre les communautés Andines et leur environnement, la domination étatique par exemple.

HUARI-TIAHUANACO, un premier état andin (600/1000 ap.J.C.)
Au IVe siècle de notre ère, le grand centre religieux de Tiahuanaco, sur les rives du Lac Titicaca, connaît son plein épanouissement. A partir du Ve siècle, son influence déborde la région du haut Plateau et s'étend sur le Pérou méridional. L'art de Tiahuanaco se caractérise par un développement exceptionnel de l'architecture et de la sculpture en pierre.

Vers 600 de notre ère, la cité de Huari, près d'Ayacucho, influencée à la fois par Tiahuanaco et Nasca, connaît un essor spectaculaire grâce au commerce et à sa puissance militaire. Pour avoir si largement diffusé les conceptions et l'iconographie religieuses de Tiahuanaco, la période qui va de 600 à 1000 est appelée horizon Huari-Tiahuanaco. L'hégémonie de Huari est telle que le Pérou apparaît unifié culturellement pour la seconde fois et politiquement sous l'autorité d'un pouvoir centralisateur fort, pour la première fois. La production artistique est dominée par des motifs iconographiques originaires de Tiahuanaco, comme la figure du dieu aux bâtons, par une géométrisation des dessins allant parfois jusqu'à les rendre inintelligibles et par une production quantitative dans tous les domaines. De grands centres urbains et administratifs entourés de murailles sont érigés sur l'ensemble du pays. En dehors de la capitale, Huari, dont les ruines se dressent encore à 25 km au nord-est d'Ayacucho, deux grands sites témoignent encore de la splendeur de cette époque: Pikillacta dans la région du Cuzco et Viracocha Pampa à Cajamarca. Le vieux sanctuaire de Pachacamac, près de Lima sur la côte centrale, connut durant l'époque Huari, un développement particulier et devint l'un des plus importants centres du pèlerinage du pays. Huari apparaît comme une préfiguration du futur empire inca.

Vers l'an 1000, la puissance unificatrice de Huar i décline et on assiste sur l'ensemble du territoire péruvien à un réveil des identités culturelles régionales, cette fois-ci plus fortes. Une des plus importantes manifestations de ces résurgences régionales est celle de l'état chimu sur la côte nord du Pérou, sur le territoire où s'était épanouie la civilisation mochica

PÉRIODE COLONIALE

Le Haut-Pérou, qui correspondait au territoire de la Bolivie actuelle, fut conquis en 1538 par le conquistador espagnol Francisco Pizarro (1475-1541). La région fut rattachée à la vice-royauté du Pérou (1543-1776), puis plus tard, en 1776, à la vice-royauté du Río de la Plata (Buenos Aires en Argentine).

Avec l'arrivée des colons espagnols, plusieurs villes furent fondées, dont Chuquisaca (aujourd'hui Sucre), Potosí, La Paz et Cochabamba. De nombreuses mines d'argent furent exploitées par les Espagnols qui firent du territoire l’un des centres les plus prospères et les plus peuplés de leurs colonies. Les populations locales furent soumises à la christianisation et à la castillanisation, sans trop de succès dans ce dernier cas.

Quoi qu’il en soit, les Espagnols ont non seulement exploité les indigènes, mais ils les ont spoliés et ont supprimé tous leurs droits humains, les réduisant à l'état d'esclaves dans les haciendas. Le département de Potosi demeure un exemple parfait du triste sort réservé aux populations autochtones colonisées. Des millions d’indigènes majoritairement issus de Bolivie et du Pérou furent déportés vers le plus grand gisement d’argent jamais découvert. Six millions d’Indios y périrent de froid et d’épuisement. Les langues indigènes furent interdites dans toutes les manifestations officielles de l'État espagnol, mais malgré tout les autochtones résistèrent à la tentative d'assimilation.

Plus tôt que la plupart des autres colonies, la Bolivie se rebella contre l’Espagne. Les révoltes se multiplièrent, puis le général Antonio José de Sucre (ayant servi sous les ordres de Miranda, puis de Bolivar), qui remporta plusieurs victoires contre les Espagnols, libéra l’Équateur, le Pérou et la Bolivie. Celle-ci obtint son indépendance le 6 août 1825.

Le 11 août suivant, le pays prit le nom de Bolivie, en l’honneur du Libertador Simón José Antonio Bolívar (1783-1830) qui avait pris à l’origine la tête de la révolte et qui rédigea lui-même la première Constitution bolivienne. Quant à Antonio José Sucre, il a donné son nom à la capitale (Sucre prononcé [soukré]).

 
LA RÉPUBLIQUE

De l'indépendance (1825) au début du XXe siècle
Antonio José de Sucre fut élu «président à vie» de la Bolivie, mais il démissionna deux ans plus tard, puis fut expulsé du pays. La Bolivie subit ensuite plusieurs décennies de luttes entre diverses factions, alors que les révolutions alternèrent avec les dictatures militaires. De plus, la Bolivie dut faire face à des conflits avec les pays frontaliers, soit le Chili, le Paraguay et le Brésil.

Ayant échoué dans sa tentative de réunir le Bolivie et le Pérou en 1839, les coups d’État se succédèrent les uns aux autres jusqu’à ce que le Chili s'empare du port bolivien d'Antofagasta: ce fut le début de la guerre du Pacifique (1879-1883). La Bolivie et son allié, le Pérou, furent vaincus par le Chili. Le territoire bolivien perdit ensuite ses possessions sur la côte du Pacifique, ce qui élimina tout accès à la mer. En 1884, la Bolivie fut privée de la province d'Atacama, qui revint au Chili; ensuite ce fut la région d'Acre qui, en 1903, fut cédée au Brésil. Mais ce n'était pas terminé: en 1935, la guerre du Chaco (1933-1935) fut conclue par la cession d'une partie du Chaco bolivien au Paraguay. Bref, un siècle après la proclamation de son indépendance, la Bolivie avait perdu la moitié de son territoire.

Au cours de cette période troublée, les gouvernements se succédèrent au rythme des coups d'État, des guerres civiles et des révolutions (1930, 1931, 1934, 1939), pendant que les régimes militaires faisaient la pluie et le beau temps. Quant aux populations autochtones, elles furent considérées comme «inférieures» et plus ou moins dépouillées de tous leurs droits civils, politiques, sociaux et linguistiques. Les différents gouvernements boliviens ont même tout fait pour liquider les langues indigènes. Tout usage de signes identitaires indigènes fut formellement interdit, tandis que les autochtones étaient toujours privés de leurs terres. Même les penseurs les plus «libéraux» ne concevaient pas la possibilité de l'intégration par un autre moyen que par la reconnaissance d'une seule et même langue nationale officielle, l'espagnol. La Bolivie a été admise aux Nations unies le 14 novembre 1945.

Guerre Bolivie Paraguay
La guerre contre le Paraguay (1932-1935) se traduit par la perte de 200'000 km 2 . Ce démembrement va de pair avec une grande instabilité politique: un coup d'Etat par an entre 1850 et 1950. Le pays a connu quelques phases de prospérité liées à l'exploitation de la quinine (1830-1850), du guano et du salpêtre (1868-1878), du latex (1895-1915) et de l'étain (à partir de 1880).

La construction des voies ferrées pour l'exportation des produits, les besoins financiers de l'Etat et la baisse de la valeur des matières premières conduisent le pays à s'endetter. Au train de vie luxueux d'une minorité répondait la misère du peuple. En avril 1952, une insurrection populaire amène au pouvoir le Mouvement nationaliste révolutionnaire. Les mines sont nationalisées, le suffrage universel est adopté et une réforme agraire est lancée. Progressivement le régime s'écarte du peuple, le MNR se divise et, en 1964, l'armée prend le pouvoir. Elle réprime durement les grèves. C'est en 1967 que Che Guevara tombe sous les balles de l'armée.

 
De 1950 À NOUS JOURS
À partir de 1952, la Bolivie vécut l'une des révolutions sociales les plus profondes du continent lorsqu'une partie des populations autochtones se souleva contre le régime. Un gouvernement révolutionnaire présidé par Paz Estenssoro (1952-1964) voulut instaurer d’importantes réformes économiques et sociales, dont les principales caractéristiques étaient la nationalisation des compagnies minières et la redistribution des terres. Finalement, Estenssoro fut renversé par un coup d'État en novembre 1964 à la suite d'une insurrection de mineurs. La junte militaire qui avait renversé Estenssoro fut aussi remise en cause par un autre mouvement révolutionnaire dont le chef le plus populaire, Ernesto «Che» Guevara, fut tué en 1967 lors d’un combat de guérilla. En août 1971, le colonel Hugo Banzer Suárez prit le pouvoir tout en s'appuyant sur l'armée.
Les coups d'État se succédèrent les uns aux autres, à tel point qu'il s'en produisit près de 200 en cinquante ans. Entre 1950 et 1970, plus de 2400 officiers militaires boliviens ont reçu une formation à l'école de l'armée américaine située dans la zone du Canal de Panama. Les différents régimes militaires surent mal gérer la situation financière du pays qui resta aux prises avec d'énormes dettes et une hyper-inflation.

En 1989, Jaime Paz Zamora devint président de la Bolivie. Le décret no 23036 du 20 janvier 1992 reconnut le droit de recevoir une éducation bilingue dans les régions où l'on parle le quechua, l'aymara et le guarani. L'élection présidentielle de 1993 fut remportée par un entrepreneur minier, Gonzalo Sánchez de Lozada, qui supervisa l'introduction de mesures sévères de réforme économique. Celles-ci inclurent la privatisation de nombreuses entreprises ainsi que des réformes dans le secteur de l'enseignement. La politique de libéralisation économique menée par le gouvernement permit une amélioration de la situation sociale.

Au cours de cette période, un autochtone aymara, Victor-Hugo Cardenas, fut vice-président de la République de juin 1993 à août 1997. Dès 1993, la Bolivie rédigea des lois permettant la reconnaissance des droits des autochtones. En 1994, la Constitution proclama que les peuples autochtones avaient des droits sociaux, culturels, économiques et linguistiques, et ce, même si les affaires du pays se sont toujours déroulées en espagnol. L’article premier de la nouvelle Constitution définit maintenant le pays comme «une République libre, indépendante, souveraine, multi-ethnique et multicuturelle». L’article 171 énonce que «les droits sociaux, économiques, et culturels des populations indigènes sont reconnus et protégés, spécialement ceux concernant les terres communautaires d'origine, en garantissant l'usage et l'exploitation durable de leurs ressources naturelles, leur identité, leurs valeurs, langues, coutumes et institutions». Depuis la législation sur la réforme de l'éducation en 1994, les autochtones bénéficient enfin d'écoles où ils reçoivent une instruction primaire à la fois en langue amérindienne et en espagnol.

Les différentes ethnies sont aujourd’hui représentées sur les listes électorales des 10 partis politiques qui se partagent les sièges du Parlement. De plus, de nouvelles lois boliviennes reconnaissent les communautés autochtones et les unions paysannes comme des entités juridiques, de même que l’autorité de leurs représentants dans l’administration et l’application de leurs propres normes pour résoudre des conflits. De plus, la législation autorise les peuples autochtones d’être éduqués dans leur langue maternelle et des mesures administratives ont permis aux communautés indigènes de conserver leurs modes de vie traditionnels.

Après une histoire remplie d’horreurs et une suite ininterrompue de dictatures, il semble que la Bolivie s’achemine maintenant vers la démocratie, mais au cours de cette période de transition l’infrastructure nécessaire à son application n’apparaît pas encore tout à fait au point. Les peuples amérindiens qui habitent la Bolivie ruent dans les brancards depuis 1992, notamment lors de grandes manifestations dénonçant la commémoration du 500e anniversaire de la découverte de Christophe Colomb (1492). Les protestations ont pris de l'ampleur dans les années 2000 lors des luttes des mouvements sociaux et autochtones contre les politiques de privatisation des richesses naturelles.

Même si la Bolivie s'est dotée, depuis août 2001, d'un président «indigéniste» en la personne de Jorge Quiroga Ramírez (qui ignore le quechua et l'aymara, mais connaît l'anglais), les défenseurs des droits de l'homme se font toujours harceler et emprisonner dans ce pays. De plus, selon un rapport de l’ONU, de nombreux autochtones sont «victimes de pratiques esclavagistes, allant de l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants au travail servile, voire même au servage».

En août 2002, Gonzalo Sánchez de Lozada devenait le nouveau président... jusqu'en octobre 2003, alors que les protestations de la majorité autochtone ont littéralement explosé, mais les réformes du gouvernement parurent trop timides. Carlos Diego Mesa Gisbert devint président de la la Bolivie, ce qui n'a pas empêché deux partis politiques de prendre de l'expansion: le Movimiento al Socialismo («Mouvement vers le socialisme» ou MIP) et le Movimiento Indígena Popular («Mouvement indigène populaire» ou MAS). Le MIP, fondé en 2000, prône la création d'un État pour les Aymaras. En 2004, les principales organisations amérindiennes et paysannes du pays ont créé un «Pacte de l'unité» afin de faire front commun. Depuis, elles exigent la tenue d'une assemblée constituante afin de récrire la Constitution de 1967. Une nouvelle crise politique abouti à la démission du président Mesa. Mais le Congrès a trouvé un successeur acceptable, l'armée n'est pas intervenue et les institutions ont tenu le coup.

En décembre 2005, Evo Morales Ayma, un Indien aymara ayant longtemps été a la tête des principales revendications syndicales de ces dernières années, est élu à la présidence de la Bolivie, une première dans un pays où près de 70 % de la population est indigène. C'est un tournant vers la gauche qui se dessine pour la Bolivie, au grand dam des 20 % de Boliviens qui se partagent la moitié du revenu national, regroupés au coeur de La Paz et dans les provinces de l’Est. Evo Morales veut mettre fin à «l’État colonial» et aux privilèges des multinationales, il s'oppose à l’impérialisme américain et se veut le porte-parole des populations défavorisées (c’est-à-dire non blanches). Il se range aux côtés du métis Hugo Chávez, président du Venezuela. Le nouveau président voulait nationaliser les hydrocarbures et renégocier tous les contrats des entreprises étrangères dans un délais de 180 jours: l'État devait être propriétaire de toutes les ressources naturelles, y compris à la bouche du puits, et en contrôler la production et la commercialisation. C'est fait depuis la fin du mois d'octobre 2006, même si de nombreux détails restent à peaufiner. De plus, le gouvernement bolivien d'Evo Morales prépare une nouvelle constitution, qui donnerait de nouveaux droits aux indigènes et ferait du quechua et de l'aymara des langues officielles au pays, à côté de l'espagnol (castillan). Jusqu'ici, l'Assemblée constituante n'a pu fonctionner, ce qui a fait chuter la popularité du président Morales. Une fois l'ébauche approuvée, la nouvelle Constitution serait présentée aux électeurs en août 2007 à l'occasion d'un référendum. Pour Washington, Evo Morales a rejoint le clan des dirigeants sud-américains hostiles à son endroit, tels le Vénézuélien Hugo Chavez et l'Équatorien Rafaël Correa.

La politique linguistique
La politique linguistique de la Bolivie s’apparente à celle de beaucoup de pays latino-américains: la non-intervention à l’égard de la toute-puissante langue espagnole et l’éducation bilingue (et interculturelle) pour les autochtones.

La population bolivienne est majoritairement d’origine autochtone amérindienne (env. 55 %). On compte ensuite 30% de Métis ou Mestizos (ou parfois Cholos) et près de 15% de Blancs, principalement d'origine espagnole. En Bolivie, les termes «Blanc» et «Cholo» réfèrent à une série de significations et d'implications sociales. Ainsi, «Blanc» renvoie davantage à un statut socio-économique qu'à la couleur de la peau; «Cholo» n'est plus l'équivalent de «Métis», car il désigne maintenant des Métis bilingues (d'origines indigène et blanche ou «pure indienne») qui ont avancé dans l'échelle socio-économique. Parmi les autochtones, 30% sont des Quechuas et 25 % des Aymaras. Les autres groupes autochtones sont des Guaranis, des Mojeños et des Chimanes.

La Bolivie est un pays multilingue avec une bonne quarantaine de langues, presque toutes amérindiennes. Quelque 43 % des Boliviens parlent l’espagnol comme langue maternelle. Presque toutes les autres langues appartiennent aux langues amérindiennes, mais la plupart ne comptent que fort peu de locuteurs. On ne compte que quatre langues importantes, si l’on prend comme critère celles parlées par 10 000 locuteurs ou plus: le quechua (36,4 %), l’aymara (22,5 %), le guarani (0,2 %) et le chiquito (0,2 %). Le quechua appartient à la famille quechua, l’aymara à la famille aymara, le guarani à la famille tupi-guarani, le chiquito à la famille macro-ge. Quelques autres langues sont parlées par quelques milliers de locuteurs, mais l’immense majorité des langues autochtones de la Bolivie est en voie d’extinction. Il n’est pas rare de dénombrer quelques dizaines de locuteurs pour plusieurs petites langues.

Communauté indienne
Le système longuement élaboré par les bureaucrates du gouvernement fonctionne relativement bien dans les zones urbaines, mais il n'apparaît pas au point dans les zones rurales. Par exemple, la forme d'élection des autorités municipales ne correspond pas aux us et coutumes des indigènes et favorise plutôt les groupes traditionnels de pouvoir local, qui s'approprient l'administration municipale en profitant de cet avantage pour leurs propres intérêts personnels. Autrement dit, comme les dirigeants politiques ont toujours fonctionné de façon autoritaire en ne tenant compte que de leurs propres intérêts, les autochtones font de même, le modèle étant incrusté depuis trop longtemps.
Cela dit, beaucoup de représentants autochtones affirment que les institutions boliviennes et la société prise dans son ensemble n’ont pas totalement accepté que les droits des peuples indigènes et la personnalité multi-ethnique de la nation fassent partie intégrante de leur vie quotidienne. Il admettent que des progrès ont été accomplis dans les sphères juridiques et législatives afin que la société bolivienne assume pratiquement la réalité de sa diversité. Malheureusement, il n’y a pas encore de généreuse ouverture envers le mouvement des autochtones.

Malgré ces efforts, la réalité est accablante: la plupart des écoles du pays sont situées en zone urbaine, là où les enfants autochtones sont les moins nombreux. Dans les campagnes, il est encore rare que les Amérindiens reçoivent une instruction dans leur propre langue, l'espagnol étant la seule langue utilisée dans pratiquement toutes ces écoles. N'oublions pas aussi que la Bolivie est l'un des pays les plus pauvres de l'Amérique du Sud et que plus de la moitié des Boliviens sont quasiment analphabètes, alors que le niveau moyen d'instruction n'est que de quatre années. Selon l'UNESCO, le taux d'analphabétisme des adultes est de 16,3 %. La situation des enfants est elle aussi alarmante: 70 % des enfants de moins de neuf ans ne sont pas scolarisés.

 
 
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